Réforme et histoire moderne de l’Islande

L’Histoire islandaise connaît une nouvelle étape, l’entrée dans l’ère moderne avec l’arrivée de la réforme luthérienne et donc la fin du catholicisme sur l’île. Cependant, cette nouvelle période ne fut pas forcément signe de prospérité, car elle fut empreinte de la domination danoise et des changements climatiques qui refroidit le climat.

La période entre le XVIe et la fin du XVIIIe siècle fut donc plein de changements pour cette île isolée de l’Atlantique Nord. L’Islande avait perdu son indépendance, subissait le joug danois, fut convertie de force et connut aussi ses siècles obscurs au cours des XVIIe et XVIIIe siècles.

La Réforme luthérienne

Catholique depuis plus de 500 ans, l’île fut logiquement touchée par la Réforme qui s’est propagée en Europe, et essentiellement au nord de l’Allemagne. Le roi du Danemark Christian III se convertit au culte luthérien en 1536-1537, il rompit rapidement avec le Vatican et fit de cette religion celle de son Etat. Il tenta ensuite de l’imposer dans le reste de son royaume.

Tension et conflit

En Islande, l’arrivée du protestantisme ne se fit pas sans heurt et il eut beaucoup de mal a réussir à s’imposer dans tout le pays. En effet, les protestants étaient surtout présents dans les villes, et comme l’Islande n’en disposait pas, cela ne facilita pas la tâche des luthériens.

Le roi ne tenta pas de l’imposer par la force, même si en 1539 des représentants de la couronne s’emparèrent du monastère de Viðey tout proche du lieu où se trouve Reykjavik. Ils se rendirent ensuite vers Skalholt, où se trouvait l’un des principaux diocèses du pays, sans doute pour saisir d’autres monastères, mais furent tués dans une embuscade par un intendant local et des fermiers. Le Danemark perdit alors tout contrôle sur l’île jusqu’en 1541 grâce à l’arrivée d’un navire militaire.

Pourtant, les luthériens gagnèrent petit à petit en influence, lorsque le nouvel évêque de Skálholt, qui venait d’être nommé par son prédécesseur, se révéla être protestant. La réforme gagna alors facilement cette région.

Cependant, l’autre évêque de l’île, Jon Arason d’Hólar, ne se laissa pas convertir si facilement, et cela tourna rapidement au conflit lorsqu’il fut arrêté et décapité sans procès le 7 novembre 1550, date qui est considérée comme la fin du Moyen-Age islandais.

En 1551, une opération fut lancée par la fille de Jon Arason (les prêtres et évêques avaient souvent des enfants à cette époque) : 60 hommes descendirent dans le sud et tuèrent tous les Danois qu’ils trouvèrent (14 au total). Le Danemark perdit de nouveau le contrôle.

Pourtant, cette situation ne dura pas, car l’été suivant le royaume danois envoya 4 navires militaires pour punir les coupables et pour convertir l’île. Quelques mois plus tard, l’Islande devint officiellement un territoire protestant, environ 15 ans après le Danemark.

Un rôle culturel important

Les monastères n’existant plus chez les luthériens, ils furent dissous et leurs biens récupérés par la couronne. Le reste des terres fut donné aux deux évêchés qui prirent une grande importance culturelle. Ils disposaient d’écoles qui formaient les futurs pasteurs et les étudiants qui partaient ensuite à Copenhague. Hólar, qui disposait d’une imprimerie, même diffusa la Bible en norrois ou islandais. C’est même en 1584 que la première Bible intégrale fut publiée en islandais.

Cathédrale protestante de Reykjavik

Domination danoise et siècles obscurs

A partir du début du XVIIe siècle, la monarchie danoise renforça son pouvoir en Islande et mit en place un monopole commercial. Ce fut aussi pendant les XVIIe et XVIIIe siècles que l’Islande connut les heures les plus sombres de son histoire. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette période obscure : l’absolutisme danois ou aussi le refroidissement climatique et les éruptions volcaniques…

Un véritable monopole commercial

Les Allemands avaient été chassés depuis quelques temps et, en 1602, Christian IV donna le monopole du commerce entre l’île et le reste du monde à trois villes européennes. A partir de cette date, la mainmise danoise durera 185 ans.

Cela favorisa les Danois, leurs commerçants, mais aussi les grands propriétaires terriens islandais. Pourtant, il y eut aussi de nombreuses conséquentes négatives dans l’île, car ce système empêcha le développement d’une bourgeoisie islandaise et le progrès des villes. Il faut se rendre compte qu’en 1700 il n’y avait toujours aucune vraie ville dans ce pays.

Il fallut attendre 1787 pour que le monopole fut légèrement diminué, mais seulement 1855 pour que des commerçants d’autres pays puissent commercer avec l’Islande.

Le pouvoir danois de plus en plus fort

La puissance danoise prit de plus en plus d’ampleur. Dès 1661, la monarchie devint absolue au Danemark grâce au soutien de la bourgeoisie envers le roi contre la noblesse. Dès 1662, les Islandais passèrent eux aussi sous l’absolutisme royal. L’intendant fut remplacé par un gouverneur général qui devint le véritable dirigeant du pays. Il dirigeait des gouverneurs régionaux, un shérif et des fonctionnaires qui mettaient en place de nouvelles lois et quelques bonnes réformes comme l’alphabétisation de la population.

Deux siècles de misère

Au début du XVIIe siècle, l’Islande connut de nombreux changements : passage sous le pouvoir danois et réforme luthérienne. Cette époque coïncide aussi avec les périodes les plus obscurs du pays, avec une baisse de la population, une absence de développement économique ou encore technologique.

Cependant, la domination danoise n’était sans doute pas la seule en cause, car lorsque l’on regarde la courbe des températures dans le pays et ceux depuis le début de la colonisation, la période du XVIIe et XVIIIe siècle est la plus basse depuis la colonisation de l’île. C’est aussi à cette époque que l’Europe connut le Petit âge glaciaire.

D’ailleurs, entre 1703 et 1801 la population passa de 50 358 habitants à 47 240, soit une petite baisse.

Pendant ces deux siècles l’Islande connut donc :

  • une chasse aux sorcières au début du XVIIe siècle qui conduit au bûcher 25 personnes
  • la rafle de Tyrkjaránið de 1627 par des pirates d’Afrique du Nord qui conduisit à l’enlèvement de 350 personnes et la mort de 50 personnes. Ce fut la seule invasion de l’île.
  • la variole de 1707-1709 qui tua un quart de la population, qui tomba alors à 37 000  personnes
  • la famine de 1751-1758 à cause du climat très rigoureux et de la prise de la mer par la glace et la population passa de 49000 à 43000 habitants
  • à partir de 1783 et jusqu’en 1785, eut lieu “La nuée des malheurs” lors de l’éruption de du Laki dans le sud de l’Islande (la plus grande éruption magmatique depuis le début de l’Histoire de l’humanité). La population fut terriblement impactée, à cause des séismes, du refroidissement climatique et surtout des cendres qui provoquèrent la mort de 50% des bovins et 75% des ovins et chevaux. Au total, près de 10 000 Islandais trouvèrent la mort, soit 20% de la population, qui retomba vers 40 000 habitants…

Palais Royal de Copenhague

La fondation de Reykjavik

Tout n’était pas noir pendant cette époque en Islande. Car, suite à une association d’Islandais en 1751 pour fonder une filature de laine qui aida au renouveau économique de l’île, la ville de Reykjavik naquit. Bizarrement, ce fut à l’emplacement même du débarquement des premiers colons que s’installa cette manufacture et la future ville.

Le village réussit ensuite à se développer malgré les difficultés économiques et obtint même des magasins de commerce à partir de 1786. Elle profita aussi des éruptions volcaniques de 1783 et de l’abandon de Skalholt pour récupérer l’évêché et l’école.
Après deux siècles sombres, le pays se releva petit à petit et surtout marcha vers son indépendance…

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